27.11.05

OSF (RUMEURS D'HUMEURS) / BALADE EXPRESS

BOULEVERSANTE BALADE ! ... Considérez d’abord les trois personnages : ils rêvaient de sortir d’un quotidien fade et engluant, d’échapper à une vie morne, à un destin misérable... Considérez ensuite la situation : liés, envers et contre tout, par ce braquage qui a mal tourné, les voilà plus vulnérables encore et les nerfs à vif... L’espace enfin : une maison, l’une de ses pièces, comme une boite qui peut préfigurer déjà la cellule de prison, dans laquelle les trois hommes acculés ont trouvé un refuge précaire. Là s’ouvre la pièce et commence l’attente et l’espoir d’une issue. C’est un huis clos admirablement interprété, plein de vie, de peurs, de doutes au cours duquel la tension ne cesse de monter grâce à des acteurs sous pression. Et bientôt le spectateur, afin de relâcher un peu de cette pression contagieuse, se met à rire... Car, il faut bien l’admettre, cette pièce est à mourir de rire... Oui, le drame est bien là et fonctionne comme il se doit pour faire vivre le bouleversement et l’humanité des trois personnages, mais ces trois là - avec leurs forts caractères et cette poisse qui ne veut pas les lâcher - sont irrésistibles. Sous le couvert d’un drame mêlé donc de comédie, la pièce de JEAN-MICHEL STEINFORT offre une critique en filigrane de notre société où le chômage - et le manque de considération qu’il provoque - pousse les plus faibles (Maxime et Noël) dans les bras des plus révoltés (Antoine) et, embarqués sur ce radeau de malaise social, ils en arrivent à des recours extrêmes pour tenter d’échapper à la fatalité. Bravo donc pour cet auteur qui signe aussi une mise en scène efficace et merci aux trois acteurs remarquables qui l’ont accompagné dans cette balade qui, je l’espère, sera longue. / SANDRINE VAUCLIN